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La faune des Tsingy de l’Ankarana

Sur le flanc Ouest du massif de Iharana, se dresse la forêt de pierre des Tsingy. Ce petit plateau calcaire est une véritable citadelle naturelle, quasi imprenable, et un refuge pour une faune importante. Cette faune a colonisé tous les espaces qu’offrent les Tsingy : des sommets brûlants écrasés de soleil à l’obscurité la plus totale des grottes, en passant par la pénombre et l’humidité des canyons forestiers.

1. Au fond des cuvettes et des canyons forestiers

C’est dans les larges canyons boisés, où se trouve leur subsistance, que vivent généralement les lémuriens. Bien que dotés d’une agilité exceptionnelle, ils ne s’aventurent que rarement dans les champs de lames dénudées. Ils traversent ces espaces hostiles uniquement pour rejoindre des canyons isolés dans lesquels ils trouvent leur nourriture. En saison des pluies, ils rejoignent les crêtes pendant les accalmies afin de sécher leur fourrure au soleil.

Une seule espèce de lémuriens est actuellement recensée à Iharana. Le Maki (Lemur coronatus). Il n’est pas farouche et se laisse facilement photographier.

Iharana Bush Camp_Wildlife-lemur_couronné_ankarana_nord_madagascar

En dehors de l’homme, le seul prédateur des lémuriens est une étrange créature appelée Fosa. Ce mammifère carnivore est le dernier représentant d’un groupe éteint à la fin du Tertiaire. Ce plantigrade aux allures à la fois de félins et de canidés est inclassable. Extrêmement agile, il peut grimper aux arbres avec une rapidité stupéfiante pour fondre sur sa proie.

fossa_faune_ankarana_madagascar

Les légendes locales le décrivent comme un animal dangereux ; ce qui est totalement faux. Il n’attaque pas l’homme, mais seulement… ses chaussures ! En effet, la nuit, mû par la curiosité (ou peut-être bien les odeurs), il peut visiter les campements et gare à celui qui a oublié de rentrer ses godasses dans la tente !

Un autre mammifère est d’un comportement peu farouche et se laisse facilement approcher lorsque l’on aiguise sa curiosité. Il s’agit d’une mangouste à queue annelée, précisément Galidia elegans occidentalis. Elle est endémique à la région et vit dans les forêts humides, sur un sol rocheux uniquement. Sa taille atteint 70 cm dont 30 cm pour la queue et son poids est d’environ 7 Kg. Elles chassent en couple et se nourrissent principalement de reptiles qu’elles débusquent en fouinant continuellement.

mangouste_wildlife_carnivore_faune_animal_madagascar

Pendant la période sèche, la vie tourne au ralenti. Puis vient l’été Austral, et de novembre à Mars, il tombe en moyenne de 1200 à 1500 mm d’eau. La forêt devient alors inextricable, détrempée, spongieuse, noyée sous l’eau et la boue.

C’est le moment où la vie animale se réveille totalement et emplit cet espace de cris et d’activités frénétiques.

C’est à ce moment-là que l’on peut observer un tout petit caméléon semblant sorti tout droit de l’époque des dinosaures : le Brookesia ankaranansis. Avec ses 10 cm, c’est le plus grand parmi les 26 espèces répertoriées de Brookesia. Le plus petit ne mesurant que 3 cm à l’âge adulte !

brookesia ankaranansis_wildlife_ankarana_madagascar

Il se nourrit des animalcules qui décomposent les feuilles mortes du sol sur lequel il vit. D’un naturel lent, il se déplace très peu et se fige instantanément s’il ressent des vibrations dans le sol. Il devient alors invisible. La femelle a la particularité de pouvoir conserver la semence du mâle pendant plusieurs mois. Le moment venu, elle pond quelques œufs sous une mince couche de terre. L’incubation dure environ un mois et les petits sont autonomes dès leur naissance.

En prenant le temps d’observer, on peut s’émerveiller de la présence de ces petits animaux. Comme les araignées qui se cachent derrière les feuilles ou attendent patiemment dans leur citadelle de soie.

2. Dans l’obscurité des grottes

On peut classer la faune souterraine en trois catégories :

  • Les hôtes souterrains occasionnels appelés trogloxènes.
  • Les hôtes permanents, mais non différenciés, les troglophiles.
  • Les hôtes permanents qui sont des fossiles vivants et que l’on appelle troglobies.

Ces derniers ont disparu de la surface et ne vivent plus que sous terre. Ils appartiennent à des groupes éteints à l’extérieur, par suite de leur trop grande spécialisation. Ainsi à travers le monde, on a affaire à des espèces qui n’existent parfois que dans une seule grotte et nulle part ailleurs. C’est l’endémisme le plus poussé qu’il soit.

Les chauves-souris peuvent appartenir aux deux premiers types et font partie de la faune classique des grottes.

C’est accrochées la tête en bas et soigneusement enveloppées de leurs ailes repliées que ces mammifères passent la plus grande partie de leur vie. Leur estomac digère à l’envers, de bas en haut. C’est aussi le seul mammifère capable d’un vol actif. Elles peuvent se déplacer dans l’obscurité totale grâce à leurs systèmes d’écho-location par ultra-son. C’est aussi de cette façon qu’elles chassent les insectes volants. Certaines espèces sont seulement frugivores comme les roussettes.

roussette_chauve souris_faune_ankarana_nord_madagascar

On peut observer deux espèces différentes dans la grotte Mandresy dont une  colonie d’un millier de Rouseltus madagascariensis, une des trois espèces frugivores de Madagascar.

Les serpents s’intéressent de près à cette réserve de nourriture potentielle et n’hésitent pas à s’aventurer loin sous terre. Si les chauves-souris adultes restent inaccessibles, les petits et les individus malades qui se décrochent du plafond font parfaitement l’affaire !

Dans un ballet acrobatique, des chauves-souris (Minioptérus manavi) apparaissent puis disparaissent, en passant d’une niche à une autre. Elles sont probablement à l’origine de ce décor unique. On peut expliquer ce phénomène par la corrosion localisée qu’engendrent leurs urines et l’humidité de l’air combinée au gaz carbonique qu’elles rejettent. Le calcaire ainsi fragilisé se détache facilement lorsqu’elles s’accrochent aux parois, comme on peut le constater en observant de près leur fourrure.

S’il leur est facile de se laisser tomber et de déployer leurs ailes le moment venu, le retour est plus délicat et se termine par une escalade maladroite qui contribue à l’élargissement du trou.

Cette opération répétée par des milliers de générations de chauves-souris a percé les plafonds des grottes de Madagascar de centaines de niches dont les plus profondes dépassent le mètre.

Une importante colonie d’insectes se nourrit du guano des chauves souris. On y trouve également leurs prédateurs dont un minuscule pseudo-scorpion .

Dans  les rivières souterraines, en l’absence des crocodiles, les anguilles occupent le sommet de la chaine alimentaire. On peut également observer les poissons aveugles, les grosses crevettes et les crabes qui se nourrissent principalement de petites crevettes cavernicoles (Niphargus).

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Le monde de l’obscur est également le domaine de deux espèces d’araignées.

Les mygales . Les mygalomorphes forment un groupe de plus de 2500 espèces différentes sur les 40 000 araignées décrites dans le monde.  A Madagascar, ce sont les grottes du Nord qui abritent les plus grosses qui peuvent atteindre 15 cm de diamètre.

Solitaires, elles passent le plus clair de leur temps dans leur repaire. Ce sont des prédatrices très efficaces qui se nourrissent surtout d’autres araignées, de beaucoup d’insectes et parfois de proies plus conséquentes comme des scorpions, des grenouilles ou des lézards. Chez les Theraphosidae, groupe auquel semble appartenir celle-ci, la femelle a une espérance de vie supérieure à 10 ans.

Ce Gecko (Paroedura homalorhina) vit dans l’obscurité profonde. Le choix de l’habitat pour cette espèce n’est toutefois pas si ancien car sa peau n’est pas encore totalement dépigmentée comme chez les animaux totalement cavernicoles. L’extrémité de ses doigts est pourvue de lamelles couvertes d’une myriade de petits poils qui décuplent la surface d’accroche et lui permettent d’aller chasser les insectes le long des parois.

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Vous ne verrez que occasionnellement ce Furcifer paradalis dans les Tsingy, il préfère la végétation abondante des bords du lac.

3. Sur le toit des Tsingy.

Sur les lames de calcaire martelées par le soleil, il y a un petit habitant qu’on ne peut manquer. Il s’agit d’un lézard gris d’une dizaine de centimètres, du genre Oplurus

Oplurus_lezard_faune_ankarana_nord_madagascar

 (A notre connaissance cette espèce – ou sous espèce – n’est pas clairement décrite). Il est parfaitement adapté aux fortes températures du lieu et sa peau est d’un gris absolument identique à celui de  la roche. Perché sur les arêtes des Tsingy, il attend, parfaitement immobile.

La présence de ce petit crabe terrestre sur les tsingy est par contre totalement inattendue.

crabe terrestre_à pinces violettes_faune_tsingy_ankarana_madagascar

En progressant sur le toit des Tsingy, on a parfois la chance de débusquer un engoulevent (Caprimulgus madagascariensis) caché au fond d’une cuvette rocheuse. Sûr de son camouflage, il s’envole au dernier moment en rasant les lames pour se poser quelques mètres plus loin. Le soir venu, il prend son envol à la recherche d’insectes car il se nourrit exclusivement en vol. Son cri ressemble fidèlement au bruit que ferait une bille rebondissant sur une surface de verre. Il est indissociable de l’ambiance d’un bivouac dans les Tsingy.engoulevent_oiseau_faune_tsingy_ankarana_nord_madagascar

 

Dans la journée, c’est le petit perroquet noir et le grand perroquet vasa (Coracopsis vasa) qui prend le relais. Il ne s’arrête jamais de crier, pas même lorsqu’un Milan noir vient profiter des brises thermiques engendrés par la roche chauffée à blanc.

grand perroquet vasa _Coracopsis vasa_oiseau_tsingy_ankarana_nord_madagascar

Enfin quand la nuit s’installe, vient le moment du Hibou  blanc de Madagascar, ( Asio Madagascariensis).

4. Les bêtes dangeureuses :

A part les moustiques et les crocodiles, il n’existe pas de bêtes  réellement dangereuses pour l’homme à Madagascar. Rappelons que tous les serpents de l’île sont inoffensifs. Seul l’un d’entre eux (Madagascarophis occidentalis) est pourvu d’un venin, mais ses crocs sont placés au fond de la gorge et il lui est impossible d’inquiéter l’homme.

Cette absence de serpents venimeux n’empêche pas d’être prudent si l’on est amené à soulever des pierres ou enjamber un tronc d’arbre mort. Sous ces abris, se cachent fréquemment des scorpions dont la piqûre des plus gros pourrait être fatale d’après les locaux.

La piqûre est de toutes façons extrêmement douloureuse pendant 24 heures.. !

scorpion_insecte_faune_tsingy_ankarana_nord_madagascar

Il y a actuellement 1250 espèces de scorpions recensées dans le monde. Dans l’antsingy, on rencontre principalement deux d’entre elles que les autochtones nomment par leurs couleurs : les rouges Hala mena, qui sont les plus gros et les petits marrons Hala fotsy. On les trouve surtout dans les fonds de canyons car, contre toute attente, ils apprécient la fraîcheur. Ce ne sont pas des insectes, ils appartiennent à la classe des arachnides. Pendant le jour, ils vivent sous une pierre, ou dans les arbres morts et sortent la nuit pour chasser. Ils choisissent un poste d’observation et attendent leurs proies. Pendant cet affût, ils sont à la merci des rapaces nocturnes comme le petit duc de Madagascar (Otus rutilus) ou le hibou blanc de Madagascar

hibou blanc_otus rutilus_oiseau_faune_tsingy_ankarana_nord_madagascar

Quant aux crocodiles ( Crocodylus niluticus), on peut les rencontrer dans certaines rivières souterraines pérennes qui traversent les Tsingy. Il est alors vital de bien observer les eaux avant de s’immerger. Pendant l’hiver austral, le crocodile est en semi-hibernation et donc beaucoup moins dangereux. Son métabolisme peut lui permettre de survivre sans nourriture pendant une année complète.  Il reprend ses activités à partir du mois de Novembre. Ses attaques sont alors fulgurantes et ne laissent généralement aucune chance aux proies convoitées. Elles font plusieurs victimes, tous les ans.

Beaucoup moins toutefois que les moustiques…

Posté le 11 janvier 2018 dans Non classé

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